« Forum Urbanitis – Ville et initiatives citoyennes : quelle force de propositions ? ». Cycle de conférences et débats d’idées, organisé par Sinapolis, le Centre franco-chinois de recherche en sciences humaines et sociales de l’Université Tsinghua (CFC), Agence Dédale, Institut français, Pékin, Théâtre 77, 28 & 29 septembre 2016. Codirection de l’événement : Chloé Froissart, Stéphane Cagnot, Jérémie Descamps.
« Le Forum Urbanitis – Ville et initiatives citoyennes : quelle force de proposition ? organisé en septembre 2016 à Pékin par Sinapolis, le Centre Franco – Chinois de Recherche en sciences sociales de l’Université Tsinghua (CFC, branche locale du Centre d’étude français sur la Chine contemporaine basé à Hong Kong) et Dédale résulte de plusieurs rencontres et constats. Rencontre avec l’association Dédale et la volonté de mettre en œuvre un programme commun d’actions entre l’Europe et la Chine, dans le cadre du programme européen Europe Créative Artizen, auquel Sinapolis est associé ; rencontre également avec le CFC dirigé par la cher-cheuse politologue Chloé Froissart et la volonté d’initier ensemble un événement sur la ville regroupant chercheurs, professionnels, travailleurs sociaux et représentants de la société civile. Par ailleurs, constat sur le fait que nombre d’acteurs chinois, officieux, mais aussi plus officiels, se positionnent à leur manière sur la thématique du « participatif », du « bottom up », que ce soit dans le cadre de la planification urbaine, de projets urbains ou encore d’actions menées de longue date par des ONG chinoises, notamment en faveur de la protection du patrimoine ou de l’environnement ; constat également sur le fait que les opérations de micro – urbanisme colla-boratives menées par Sinapolis à Pékin entre 2010 et 2015 ont reçu un écho institutionnel et médiatique local suffisamment encourageant pour envisager de faire le point sur la situation du participatif en Chine.
Il s’agit donc du 1er forum officiel du genre en Chine intégralement consacré à cette question, ce dans le contexte paradoxal de contrôle renforcé des acteurs de la société civile, et dans le même temps de modernisation des modes d’urbanisation à visée plus inclusive. L’organisation de l’événement est rendue compliquée par ses dimensions politiques, par des questions linguistiques, l’une et l’autre étant d’ailleurs parfois liées – sur quelles terminologies communes se baser pour décrire les concepts français et chinois régissant le domaine de la « démocratie participative », du « participatif », du « bottom up », par exemple ?
Le Forum Urbanitis proposait d’aborder les enjeux du participatif dans les processus d’urbanisation en Chine et en Europe en déclinant cette thématique aux domaines de l’urbanisme, de l’intégration des migrants, de l’environnement, des nouvelles technologies ou encore de l’art dans la ville. Quatre panels exploratoires ont fait état des initiatives par le bas, souvent informelles, grâce auxquelles les citoyens s’approprient leur ville pour en faire un espace plus habitable, plus durable, plus juste et plus sain. À travers des approches variées, basées autant sur l’analyse théorique que sur des exemples concrets de cas pratiques, les participants du Forum ont interrogé la manière dont les professionnels de la ville et les pouvoirs publics pouvaient s’appuyer sur ces initiatives citoyennes et les relayer. Parallèlement aux tables rondes, cinq ONG européennes (Monténégro, Espagne, France, Roumanie, Slovénie) dédiées à la culture, aux nouvelles technologies, à l’innovation urbaine et sociale ont présenté leurs actions communes dans le cadre du projet Artizen.
L’idée était ici d’observer la prise en compte des initiatives liées aux nouveaux enjeux urbains émanant des citoyens, en s’interrogeant sur les types de mobilisations et d’actions, mais aussi sur l’opportunité de leur institutionnalisation. Les débats présentaient des situations encore assez nettement contrastées entre la Chine et l’Europe, par exemple au niveau des dispositifs existants de démocratie participative en France (conseil de quartiers, etc.) ou encore au niveau du cadre légal d’intervention (et de contrôle) des ONG en Chine. En fait, la grande différence apparaissait surtout au niveau des cadres institutionnels intégrant le participatif dans les projets (à diverses échelles, typologies de projets et thématiques) : en Europe, même si les intervenants ont noté que la participation pose encore de nombreuses questions (des méthodes employées aux effets escomptés), le cadre systémique dans lequel elle se déploie est déjà relativement élaboré, tandis qu’en Chine ce sont les expériences de terrain, souvent empiriques, ponctuelles, isolées, qui nourrissent la constitution d’un cadre formel en devenir – au sujet duquel on est en mesure de s’interroger, qu’il s’agisse des enjeux politiques qu’il sous-tend ou du degré voulu par les autorités de sa pérennisation. » (Sources : Thèse Jérémie Descamps, Tome 1 Corpus, pp. 110-111 https://theses.fr/2022LYSEI054)

