Le duo PROCESSUS (Moalla & Descamps) est lauréat de l’appel à candidature pour la résidence Villa Salammbô Sousse de l’Institut Français, Saison 5, pour le projet Impressions d’Espaces.
PROCESSUS (Moalla & Descamps) est un duo art-science porté par Ouissem Moalla, artiste plasticien et Jérémie Descamps, urbaniste et docteur en géographie. Depuis 2023, ils explorent ensemble les représentations mentales de l’espace et du territoire, la mémoire collective des lieux, au travers de protocoles de recherche-création dédiés. C’est notamment par le prisme des portes urbaines qu’ils sondent les notions de seuil, de passage, de frontière, ce qui les amènent à interroger celles de territoire, de nation et globalement de la subdivision de l’espace par l’homme.
Dans le cadre de la résidence à la Villa Salammbô de l’Institut Français de Tunisie (Sousse), ils proposent le projet « Impressions d’Espaces » : un travail hybride entre art et sciences humaines et sociales sur le dispositif de la porte urbaine, notamment à travers un protocole de travail axé sur la flânerie. Ils s’intéressent aux portes urbaines des médinas tunisiennes, de ce qu’il en reste, à la mémoire et aux mythes qui leurs sont attachés.
La porte urbaine devient-elle un vestige du passé de nos villes, de nos Cités ? Face à l’infinité de l’espace urbain contemporain, à quel moment entre et sort-on de la ville, selon quelles ruptures ou continuités ? La recherche-création Impressions d’Espaces postule que le dispositif de la porte urbaine, dans ses différentes déclinaisons – la gare, l’entrée de ville, le portique, le rond-point, la tour, la citadelle, etc. – est un angle mort de l’analyse sensible et du vécu en milieu urbain. La porte est pourtant le récipiendaire de nos histoires intimes et collectives.
Après Mulhouse et sa Porte du Miroir, tampon entre la ville moyenâgeuse et industrielle, places aux configurations spatiales des médinas tunisiennes en se focalisant sur les mythes et représentations qui émanent de leurs portes et de leurs seuils. Inventaires, recueil d’impressions par captations sonores, réalisation d’une œuvre dont les lieux arpentés et la matière récoltée dicteront sa matérialité, composeront le corpus artistique et scientifique de la recherche. Parmi les villes modernes étudiées dans ce projet, Tunis, Sousse et Sfax se distinguent par la conservation de leurs portes urbaines et, pour certaines, leurs fonctionnalités en tant que seuil d’entrée dans la ville ancienne (Bled el ‘arbi). À travers ces portes, une autre lecture de la ville apparaît comme un sous-texte de l’urbanisme moderne qui s’est développé autour de la médina. C’est une histoire officielle et culturelle qui se raconte et dévoile la centralité de la Tunisie dans l’histoire mondiale à travers les conflits, les conquêtes, les migrations et les multiples colonisations. Chaque pouvoir bâtissant, creusant, détruisant et restaurant les seuils au gré de ses besoins. En effet, si l’on examine ces portes l’on perçoit bel et bien le passage du temps : des pierres datant de l’antiquité pour l’une, des inscriptions laissées par les Arabes ou les Ottomans pour d’autres, ou encore des traces des restructurations urbaines de la modernité européenne. Puis soudain, dans les encadrements de ces architectures, on est effleuré par des passants, et c’est alors tout un univers social, sensoriel et intimiste, qui s’offre alors à nous.
Ouissem MOALLA
Formé à la Haute école des arts du Rhin (Hear, 2015), Ouissem Moalla (né en 1990 à Stockholm) s’intéresse dans son œuvre aux questions de mémoire, plus précisément les méthodes mnémotechniques, développées par l’historienne Frances A. Yates.
L’artiste puise dans la culture populaire, littéraire, les mythes, les grands textes avec en filigrane la question du langage. Cela se matérialise par des performances, installations et peintures où il questionne l’espace et notre rapport aux lieux, la cosmogonie et nos croyances. Que ce soit à Mulhouse où se situe son atelier, où lors de résidences (La Kunsthalle Mulhouse-Tokyo 2018 ; Fábrica Bhering, Rio de Janeiro 2022 ; CEEAC Strasbourg-Basis E.V. Frankfurt 2023), il boxe avec Nietzsche (Zapoï, 2017-2019), vend des chutes de toiles au gramme (Allegory, 2009-2016), promène des chaises molles sur son dos, formant le caractère 目mù / œil (Monkey 2018), ou réinterprètes des textes de différentes religions et philosophies (Clavis Tabula, 2023, Hermès, 2011-2022).
Son travail érudit nourri de pluriculturalisme flirte aussi avec l’absurde et un humour sensible. Marie Terrieux, directrice du FRAC Normandie
Jérémie DESCAMPS
Sinologue et urbaniste (Institut national des langues et civilisations orientales, 2004, École d’urbanisme de Paris, 2006), Jérémie Descamps (né en 1978 à Paris) combine recherches en sciences humaines et sociales et pratique artistique pour exprimer son regard sensible sur l’espace. Docteur en géographie (Université de Lyon, 2022), il s’attèle à faire parler la géographie autrement et nous conte les espaces multiples dont il est le témoin : espaces physique, mental, des signes, des villes. Deux décennies à arpenter et vivre dans les territoires chinois (où il fonde l’atelier de recherche Sinapolis) donnent lieu à des enregistrements sonores (L’Ascenseur humain, 2008), livres (Positions, 2008, Architecture : Voyage, Rebirth, 2014), films (Images et imaginaires de la mobilité en Chine, 2015), recherches-créations et installations (CCMMP, 2013-2016 ; L’Inventaire du lieu, 2022), où il va à l’encontre de la fabrique rationnelle de la ville. En s’installant à Mulhouse en 2017, il poursuit son analyse indisciplinée des villes avec des performances dans l’espace urbain (La Haye, Dans le dos les ruines de l’Europe, 2022 ; Le Colporteur de Rue, 2023), des séries photographiques (Émergences & Disparitions, 2022) ou encore des installations (Mon lit est un espace géographique comme les autres, 2023). Son travail porte à la fois sur l’ethos des professions et des acteurs de la ville, sur le temps, la vitesse, et son œuvre est une douce résistance aux modèles urbains inhospitaliers des dernières décennies.
Jérémie Descamps enseigne régulièrement en école d’architecture (ENSA Paris-Val de Seine, ENSA Paris-Belleville, ENSA de Strasbourg), il est chercheur associé au CRESAT de l’Université de Haute Alsace et est enseignant-invité à l’Université de Bâle en 2025. Il est auteur ou co-auteur d’ouvrages et articles universitaires et grand public, dont « le Monde » et le « New York Times ». Marie Terrieux, Directrice du FRAC Normandie