EDELMANN Frédéric (avec DESCAMPS Jérémie à Hangzhou). Un Chinois entre au panthéon de l’architecture. Le Monde, 1er mars 2012.
En 2012, un architecte chinois totalement inconnu du grand public devient lauréat du prestigieux Prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’architecture. Cette récompense internationale, à 48 ans seulement, est interprétée par Wang Shu comme un « encouragement » pour toute une génération d’architectes indépendants et d’étudiants chinois. Remarqué par la critique occidentale dès le début des années 2000 et dont, avec Frédéric Edelmann, Françoise Ged, Bruno Hubert, nous suivons le travail à Hangzhou et dans le Zhejiang, Wang Shu reste un architecte et intellectuel discret qui réalise avec sa femme et partenaire, Lu Wenyu, une oeuvre pourtant majeure.
À partir d’un travail de terrain conséquent rare en Chine, les architectes d’Amateur Architecture Studio (le nom de leur atelier) aiment associer dans leurs projets savoir-faire locaux, anciennes techniques constructives artisanales (notamment le wapan, qui consistait à rafistoler des murs avec des matériaux de terre cuite), et réflexions sur les relations entre les éléments bâtis et le paysage – composant un peu à la manière des peintres chinois. Peu connu (avant le Prix Pritzker) dans son propre pays au-delà d’un cercle d’initiés, Wang Shu a conçu des édifices importants tels que le Musée des Beaux-arts et le Musée de l’histoire de la ville de Ningbo, la requalification d’une portion de la rue Zhongshan à Hangzhou ou encore le nouveau campus de l’Académie des Arts de Chine, où il est par ailleurs directeur du département d’architecture. Sans chercher à opposer tradition et modernité, ses projets tissent des liens singuliers entre nouvelles formes urbaines, histoire et contexte locaux, dans des villes en mal d’identité après vingt ans de destructions importantes et d’un développement intense. (Sources : extrait du Corpus de thèse de Jérémie Descamps, présentation de l’article, pp. 170-171 ; crédit photographique : Jérémie Descamps)